Bien-être ou être bien au travail ?

Bien-être ou être bien au travail ?

Tour d’horizon

 

I love my job

Pendant longtemps, le travail a été considéré par les salariés comme un simple gagne-pain, un moyen de subvenir à ses besoins sans aucune considération relative au bien-être. Aujourd’hui, le travail a pris une place considérable dans la société et les salariés cherchent à s’y sentir bien. Après la famille, le travail est l’une des composantes essentielles de notre identité[1]. Avez-vous déjà remarqué que l’une des premières questions que l’on pose lorsque l’on rencontre quelqu’un pour la première fois est « que faites-vous dans la vie ? ». Plus qu’une manière de subvenir à nos besoins, le travail est désormais un vecteur d’épanouissement et de réalisation de soi : il donne un sens à notre vie et nous permet de nous sentir utile à la société. La question du bien-être et de la qualité de vie au travail (QVT) prend donc tout son sens.

L’Anact (l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail), remarque que les entreprises s’intéressent de plus en plus au bien-être de leurs salariés et sont de plus en plus nombreuses à se mobiliser pour améliorer les conditions de travail. Le bien-être au travail est une notion qui ne se cantonne plus à quelques entreprises innovantes.

En témoigne l’apparition de labels d’un nouveau genre : des labels qui valorisent les entreprises dans lesquelles les salariés sont heureux de travailler. Top employers (1991), Great place to work (2002) et Happy at Work (2015) sont les plus connus d’entre eux.  À titre d’exemple, ce dernier a été décerné à 186 entreprises en 2017.

En bref, tout le monde s’y met.

 

Bien-être au travail, quelle définition ?

Souvent confondu avec la santé des travailleurs, le sentiment de bien-être au travail est un état d’esprit global et subjectif qui peut être impacté par une multitude de facteurs. Il existe en outre une définition officielle fournie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui considère le bien-être au travail comme « un état d’esprit dynamique, caractérisé par une harmonie satisfaisante entre les aptitudes, les besoins et les aspirations du travailleur, d’une part, et les contraintes et les possibilités du milieu de travail, d’autre part ».

C’est une définition qui est étroitement liée avec la qualité de vie au travail. Elle constitue un socle commun à beaucoup d’acteurs pour la plupart des textes et accords sur la QVT et la santé au travail.

 

Comment la notion de bien-être au travail est-elle apparue ?

À l’origine, il est plutôt question de qualité de vie au travail. Ce terme est apparu en France dans les années 1970 en réponse à une demande sociale forte, relayée par le pouvoir politique, visant à développer des modes d’organisation du travail innovants capables de concilier l’efficacité et l’intérêt du travail. À l’époque, l’objectif est d’accroître à la fois la satisfaction professionnelle des salariés et la performance des entreprises. La QVT cohabite déjà avec d’autres concepts proches comme le bien-être au travail, le mieux-être au travail…

Les entreprises françaises ont commencé à se soucier plus particulièrement du bien-être au travail après la vague de suicides chez France Telecom notamment à la fin des années 2000. “Il a fallu éteindre l’incendie en mettant en place des mesures pour limiter les risques psychosociaux”, explique Loïck Roche de Grenoble Ecole de Management.

L’enjeu était effectivement primordial et n’a cessé de confirmer son importance. En 2013, une étude Gallup montre que seuls 9% des salariés se disent engagés au travail, plus d’un salarié sur deux avoue être démotivé, trois sur quatre se sentent stressés, plus de deux cadres sur trois ne se sentent pas reconnus à leur juste valeur. Un véritable gâchis qui constitue un défi actuel.

Comme le souligne le président du Medef, Pierre Gattaz, « Nous sommes à un moment charnière de l’histoire du management. Il est urgent de remettre l’homme au cœur de l’entreprise et de ré-enchanter le travail. En inaugurant une nouvelle ère : celle du capitalisme humain, visant à dessiner les contours de nouvelles relations moins conflictuelles, plus apaisées au service d’une ambition et du bien communs. »

C’est ainsi que l’idée de faire du bien-être au travail un enjeu primordial s’est ancrée dans notre société.

 

Quels enjeux ?

Les entreprises l’ont bien compris : le bien-être au travail peut améliorer la performance de façon durable. L’objectif est double : pour l’individu, être plus épanoui et engagé ; pour l’entreprise, être plus performante et compétitive.

Les chiffres à ce sujet sont sans appel :

Des salariés malheureux sont deux fois plus malades, six fois plus absents, deux fois moins créatifs, ce qui représente un surcoût estimé, en France, à près de 60 milliards d’euros.

Des salariés heureux sont quant à eux neuf fois plus loyaux, et beaucoup plus productifs (de 12 à 31% selon les études)[2].

À ce jour, on estime que le bien-être au travail peut apporter les bénéfices suivants :

  • Augmentation de la productivité

  • Diminution des arrêts de travail (en particulier des troubles musculo-squelettiques)

  • Diminution des coûts liés à la gestion du personnel

  • Fidélisation des employés

  • Amélioration des rapports avec la hiérarchie

  • Renforcement de l’implication des employés au travail

  • Gain de notoriété

  • Baisse des conflits

  • Meilleure entente et cohésion entre les équipes

  • Motivation accrue

  • Meilleure gestion du stress

  • Renforcement de l’attachement à l’entreprise

  • Diminution de l’absentéisme

  • Augmentation de la créativité

Happy at work

Comment améliorer la qualité de vie au travail des salariés ?

Se sentir bien au travail passe donc par une multitude de facteurs : la santé et la sécurité, l’intérêt du travail, la rémunération, la lutte contre le stress, l’ergonomie, l’environnement de travail, les relations entre collègues et avec sa hiérarchie…

L’Anact de son côté retient six facteurs principaux qui influencent la QVT : les relations sociales et de travail, le contenu du travail, l’environnement physique de travail, l’organisation du travail, la réalisation et le développement professionnel et enfin la conciliation entre vie professionnelle et vie privée.

Les entreprises qui souhaitent jouer sur ses facteurs multiplient les pratiques innovantes, dont voici quelques exemples, plus ou moins connus :

  • Libération et responsabilisation des équipes : horaires flexibles, bureaux non attitrés, télétravail possible 3 jours par semaine, etc.

  • Cadeaux, goodies et avantages aux salariés

  • Usage des neurosciences

  • Possibilité de travailler en musique

  • Possibilité de participer à des ateliers de yoga, massages ou méditation

  • Développement des activités Team Building

  • Possibilité d’évoluer au sein de l’entreprise sur d’autres postes ou secteurs géographiques

  • Evénements “fun” organisés régulièrement pour créer du lien entre collègues

  • Casual Friday (coutume selon laquelle le personnel d’une entreprise peut s’habiller de manière décontractée le vendredi)

  • Services pour simplifier la vie des salariés (conciergerie, paniers de fruits ou de légumes, petit déj’ ou snacks à disposition, etc.)

  • Services culturels (découverte de disciplines : loisir, sport, art, littérature, bien être …)

 

Finalement, bien-être = être bien ?

Si la notion de bien-être au travail, largement répandue, finit par être claire aux yeux de tous, qu’en est-il pour la notion d’ « être bien » ?

Avez-vous remarqué à quel point il est difficile de mesurer le bien-être des salariés ? Si le bien-être au travail est difficile à évaluer c’est qu’une partie essentielle, échappe. Il s’agit du ressenti du salarié. Or, aucune mesure ne peut déterminer cet état de bien-être complet dont il est question.

Dans la notion d’être bien, il ne s’agit plus seulement du cadre du travail (l’équipement, l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, une idée précise de ce qui est attendu dans le cadre de ses missions…) ni de l’attention (la considération de la part de sa hiérarchie, la gestion des compétences, l’intérêt que le management porte aux salariés…).

Ce que ressent un salarié au quotidien est également à prendre en compte. Le plaisir de venir travailler le matin, l’intérêt pour son travail ou son aspect stimulant… Il est donc question d’émotion.

Selon le baromètre Edenred-Ipsos, il ressort que, tous pays confondus, les salariés sont plus satisfaits sur les items liés au cadre de travail (par exemple, 86% sont satisfaits de la clarté que l’on attend d’eux dans leur travail) quand les scores liés à l’attention et l’émotion sont plus bas (seuls 61% estiment travailler dans un environnement stimulant).

Plus sensible et difficile à maîtriser, les entreprises s’intéressent à ce facteur. La fonction de Happiness Manager (manager du bonheur) est ainsi née en entreprise, ainsi que celle de Chief Happiness Officer (responsable du bonheur au travail) ! Après le souci de la qualité de vie au travail et l’attention portée aux risques psychosociaux (RPS), le sujet du bonheur au travail est pris au sérieux au plus haut niveau de la hiérarchie, y compris dans des grands groupes internationaux.

Gageons que les efforts des entreprises aboutissent enfin et que bien-être rime enfin avec être bien !

 

 

Sources :

www.etre-bien-au-travail.fr/      www.actmediterranee.fr       www.bepositive.fr         www.emploi.belgique.be www.lesechos.fr      

www.blog-emploi.com       www.lexpress.fr        www.ipsos.com         www.lecomptoirmm.com         www.lapausesante.com         

www.questions-de-management.com          www.strategies.fr/

[1] Selon l’Insee, 54% des actifs jugent le travail comme un des trois composants de leur identité. Source : La place du travail dans l’identité des personnes, Hélène Garner, Dominique Méda, 2006.

[2] http://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2017/01/13789-pourquoi-les-neurosciences-vont-elles-revolutionner-votre-facon-de-manager

 

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