Le présentéisme, une habitude française ?

Le présentéisme, une habitude française ?

La France est le pays qui a le plus fort taux de présentéisme en Europe ! Rester tard pour montrer que l’on travaille bien, ou mieux que les autres, beaucoup sont les salariés qui ont arrêté de compter leurs heures. François Hollande a même des anecdotes à ce sujet. L’ancien président forçait les collaborateurs à quitter l’Elysée en éteignant les lumières des bureaux, pour éviter le gaspillage électrique. Mais pourquoi les salariés ont-ils pris cette habitude de rester si tard et si longtemps au travail ?

Qu’est-ce que le présentéisme et quels facteurs influencent son développement ?

Selon le dictionnaire des affaires, le « présentéisme » est « la pratique consistant à rester au travail plus longtemps que d’habitude ou lorsque vous êtes malade pour montrer que vous travaillez fort et que vous êtes important pour votre employeur». En termes simples, c’est le contraire de l’absentéisme. Plutôt que des employés qui ne viennent pas au travail parce qu’ils sont malades, le présentéisme consiste à travailler même quand son état de santé est dégradé.

On discerne 4 types de présentéisme :

  • Le premier, dit «sur-présentéisme», est associé à un surinvestissement au travail. Par exemple les personnes qui travaillent en dehors des horaires du bureau ou celles qui ne prennent pas l’intégralité de leurs congés. Le sur-présentéisme désigne aussi parfois le fait de faire des heures supplémentaires sans être payé. En 2006 en France il concernait plus de 50 % des salariés.
  • Le second type, appelé «présentéisme maladie», est associé à l’état de santé. Comme écrit plus haut, il définit le comportement d’un individu qui travaille alors qu’il devrait être arrêté en raison de son état de santé, physique ou mental. D’après une étude Loudhouse pour Fellowes, 62 % des salariés vont au travail même lorsqu’ils sont malades.
  • Le troisième, le présentéisme contemplatif ou absentéisme moral. Cela consiste à être présent physiquement sur son lieu de travail, mais de faire autre chose que travailler pour son employeur. Il peut être un signe avant-coureur de démotivation.
  • Enfin, le présentéisme stratégique consiste à rester tard le soir pour se faire bien voir en montrant sa motivation au travail.

 

C’est un fait, le présentéisme est ancré dans la culture française, comme pour parer à la réputation du français paresseux. Pourtant, s’acharner au travail lorsque l’on est trop fatigué ou malade présente de nombreux effets néfastes. Cela peut aller du simple mal de tête à des pathologies plus graves comme la dépression. Dans des cas beaucoup plus rares – comme au Japon – on parle de la mort par « Karoshi » , terme japonais désignant la mort subite par arrêt cardiaque due à une surcharge de travail ou un stress trop important.

 

A la recherche de la reconnaissance : une bonne image au détriment d’une bonne santé

Beaucoup de salarié.e.s se présentent au bureau malgré des problèmes de santé pour de nombreuses raisons. Parmi les plus importantes, la crainte d’attirer l’attention des collègues et d’être mal-vu.e (30% des personnes sondées), la peur d’être remplacé.e (emploi précaire, nouvel emploi, intérim, etc.), par solidarité et ne pas surcharger ses collègues, ou encore ne pas obtenir une promotion.

Tout comme Woody Allen qui a dit un jour que «80% du succès réside dans le fait d’être vu», un salarié sur quatre admet être déjà resté au bureau juste pour « être bien vu ». Un sur cinq travaille sur des tâches personnelles pour faire passer le temps au bureau.

Tout cela a un impact pour le salarié, mais aussi pour l’entreprise :

Les  heures supplémentaires passées au travail sont souvent considérées comme un signe de productivité et de motivation. Les salariés cherchent à obtenir une certaine reconnaissance à travers le présentéisme. Cependant, toutes les études concordent à dire que la présence au travail à tout prix fait plus de mal que de bien. Sans un break occasionnel, un burn-out peut apparaître et la productivité décroît.

Le présentéisme peut entraîner une grande fatigue chez le salarié, une démotivation, venir au bureau devient alors un devoir. Ce sentiment peut aussi causer un désengagement envers l’entreprise car un manque de reconnaissance se fait ressentir.

Le présentéisme coûte aussi cher aux entreprises que l’absentéisme. En effet, elles doivent faire face à des salariés présents mais manquant de concentration, d’efficacité et commettant des erreurs. Les frais sont notamment liés aux frais de santé et aux RPS (risques psychos-sociaux). Mais des frais matériels peuvent également les impacter (électricité, remplacement du matériel informatique devenu obsolète plus rapidement, rallongement des horaires de présence d’accueil,…).

 

Comment éviter ce phénomène ?

Les  pays anglo-saxons ou les pays scandinaves se passent aisément du présentéisme. Rester tard au bureau y est même considéré comme un manque de productivité. Dans les pays d’Europe du Nord, l’équilibre vie personnelle-vie professionnelle est beaucoup plus fixé dans les habitudes. En Suède, par exemple, « on travaille 8 heures, on passe 8 heures en famille, on dort 8 heures ».

Pour commencer, c’est aussi à l’employeur de démystifier le présentéisme. Pour ce faire, il est possible de communiquer à travers un « guide de l’employé.e ». Celui-ci donnerait des consignes aux nouveaux arrivants, comme ne pas emporter ses dossiers professionnels au domicile ou de quitter le travail à une heure décente.  En Allemagne, l’entreprise Volkswagen coupe ses serveurs les soirs et les week-ends, de sorte à ce qu’aucun mail n’arrive.

Il faut également former les managers afin qu’ils décèlent les signaux de mal-être chez leurs collaborateurs. La mise en place des mesures « bien-être » comme des activités culturelles ou des fruits gratuits peuvent être proposées par les dirigeants.

Somme toute, que vous soyez salarié.e.s, manager ou chef d’entreprise, le présentéisme n’est pas une mesure d’efficacité. Il faut donc veiller à consacrer du temps à vos besoins personnels afin de préserver votre santé physique et mentale.

 

 Par Agathe Andrieux, assistante d’accueil et de médiation culturelle @Arcéos

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